Commémoration de la révolte de 1811: hommage à Eli

Le week-end dernier c’était direction Colimaçons à St Leu pour célébrer la commémoration de la seule révolte d’esclaves qu’il y a eu sur l’Ile de la Réunion en 1811. L’abolition de l’esclave étant proclamé le 20 décembre 1848.

Le site: Colimaçons à St Leu

Il nous a fallu 2H de route entre Ste Suzanne et St Leu, la Route des Tamarins étant fermé à la circulation. Mais un soupçon de patience, de chaleur (33°C), et de musique, nous a donné le courage de rejoindre notre objectif.
On y arrive à 16H et là on se rend compte qu’on n’a pas un seul euro sur nous. Pas d’euros, pas de nourriture et pas de distributeurs automatiques donc pas d’euros.
Donc hop, on redescend à St Leu, et on remonte aux Colimaçons. Quel bonheur! Patience, patience!!!
Sur place une petite scène, un temps menaçant, 3 calbanons, un retraçant l’histoire de l’esclavage avec la possibilité de déguster un jus de tamarin maison, un autre avec des samoussas, bouchons et boissons (lorsqu’on est arrivé il n’y en avait plus! smile!), et un troisième où ils étaient en train de cuisiner au feu de bois.
Super on va dîner là ce soir, et bah non!  Je demande à une charmante dame quel va être le prix de la portion du repas.
Réponse: Ah non, ce n’est pas pour le public, c’est prévu uniquement pour les musiciens. Mais si vous restez dans le coin, je verrais ce que je peux faire! Nous dit-elle avec un grand sourire!
Pleuvra! Pleuvra pas! Quelques gouttes! Une grosse averse! Nous sommes trempés! Mais nous sommes courageux et on reste là à écouter les groupes qui s’enchainent.
Nous discutons avec plusieurs personnes et nous en apprenons beaucoup sur l’histoire de cette révolte.
Il n’y a pas beaucoup de public! Pourquoi?
Colimaçons terre des” gros blancs”, terre exploitée par les esclaves, eux-mêmes exploités par les Blancs à l’époque.
Le Maloya percute mais là où je devais ressentir plein de choses il ne se passe rien, pas de ressentis le grand vide. Étrange! Je m’interroge : est ce que les esprits d’esclaves se sentent bien ici et se réapproprient-ils aujourd’hui ce lieu où ils ont été en servitude? Ou alors ont-ils encore peur des esprits de leurs maitres?

Les esprits dansent au rythme du Maloya

L’ambiance est bonne enfant, on danse, on chante.
La pluie tombe de plus en plus fort, les rythmes changent. Quelque chose se passe! Quelque chose de mystique!
La pluie est libératrice, elle embrase les quelques danseurs, et pousse les musiciens à jouer plus fort.
en mode kabar maronmaloya kabar

Nous rencontrons Gael le chanteur de Kréolokoz, nous échangeons quelques mots. Nous aimons sa musique et son engagement.
Il nous invite au concert du 21 novembre au Séchoir à St leu. Nous sommes ravis.RDV est pris. Une belle rencontre en tout cas.

La nuit commence à tomber, il fait sombre.
Kréolokoz chante Zistwar Maronaz ou en 1745 des esclaves Marrons  viennent libérer un camps d’esclaves. L’histoire prend tout son sens. L’histoire de ces esclaves qui préfèrent vivre libre caché plutôt qu’enchainés et sous le joug d’un maître.
Fane silans amèr, nous rappelle qu’il ne faut pas oublier nos racines, notre identité “ sak inior l’hisoire, lé condané mounoir , à rotomb to ou tar dans mem fénwar, efas pa nout mémoire” ( ceux qui ignorent l’histoire, sont condamné à retomber tôt ou tard dans le noir, n’effacez pas notre mémoire).
Les percussions continuent de résonner, nos cœurs tremblent au rythme du roulèr.
Un de nos amis, se sent bizarre, il boit un verre de rhum et tout à coup se dirige droit au milieu des personnes qui dansent. Son regard a changé, il est imprégné par ses esprits il veut danser, ils veulent danser. On le rattrape, ce n’est pas le moment, il ne doit pas danser il le sait. Il s’assoit, se calme, revient à lui tout doucement.
Un autre groupe passe ses sons sont percutant, il envoie, il balance, et difficile de tenir en place.
Pour clôturer la soirée, Kiltir nous invite à venir danser à rentrer dans le rond. Nous sommes là pour un hommage, alors rendons le fièrement le poing levé.
Nono appelle Eli, l’esprit d’Eli est là, je le sens fort, fier, droit.
La chanson Kabar Marron libère les voix, et tous ensemble nous entonnons cette chanson, nous tapons des mains.
Eli et ses compères sont là, ils dansent avec nous.
Le moment est puissant, je le ressens si fort dans mon ventre. Les émotions sont intenses, j’en ai les larmes aux yeux.
Je ressens enfin ces présences que j’attendais. Je suis venue là pour eux, pour les célébrer et leur dire qu’on ne les oublie pas.

Mon ressenti

J’ai attendu la fin de soirée pour avoir les réponse a mes questions.
Les esprits d’esclave avaient peur et n’aimaient pas ce lieu.
Les esprits des maîtres étaient là tout autour avec leurs fusils et leurs chiens.
La peur était présente.
Et puis la nuit est tombée, dans le noir, les esprits des noirs  se sont libérés, ils ont dansé avec nous.
Ils ont célébré ce moment.
Je suis fière d’y avoir participé et ressenti tout cela.
Je sais d’où je viens, et je sais où je vais.
Je suis métisse Réunionnaise, fière de mes racines, car je sais d’où vient ma force.

Je vous invite à danser sur le clip officiel mais aussi à aller voir la vidéo de la soirée sur Facebook
Http://facebook.com/2mainstendues

By 2MT

 

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