La perte d’un proche

cimetière paysager 974

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L’annonce de ta mort.

Tu es parti.
NON!
Tu es mort. La mort est venue et t’a emporté, si vite, si violemment. Tu es MORT!

Je tremble, je pleure, je m’effondre. J’ai mal, j’ai très mal dans mon corps, dans mon ventre.

Et toi, à quel point avais-tu mal? A quel point as-tu eu mal? Pourquoi?
Réponds-moi: Pourquoi?

Je suis sous le choc, mes jambes deviennent du coton. Je m’assois. Je m’agrippe à ce que je peux.
Mon mari me tient, me soutient. Je serre ses mains si fortes qu’elles me font mal, mais peu importe, cela n’équivaut en rien à cette douleur de t’avoir perdu.

Je respire cela signifie que je suis vivante, c’est ce que je me dis tout le temps pour me rappeler que ce que je vis est bien réel. Respires Isa! Respires!
La respiration est difficile, je n’arrive pas à reprendre mon souffle. Respires Isa!
Enfin, j’arrive à reprendre le contrôle de moi-même. J’inspire par le nez, j’expire par la bouche, profondément, 10 fois de suite.
Le flot de larmes s’arrête, et j’ouvre mes yeux restés fermés pendant tout ce temps.
Un temps infini de 5 mn. Nous sommes samedi, tu es décédé. Je ne te reverrai jamais vivant, jamais, jamais plus.

Je ne rêve pas, je voudrais ne pas être là, ne pas vivre cela. Ne pas vivre ta mort.

Pourquoi? Je ne comprends pas. Si tant soit peu qu’on puisse comprendre la mort.
Pourquoi encore et encore, j’ai besoin de réponses.

Puis viennent s’ajouter des mots: autopsie, accident, circonstances, drame, désincarcération, morgue, scellés, attente, détresse, volontaire.
L’attente longue, difficile, et toujours ce pourquoi.
N’avons-nous pas entendu ta détresse? Te sentais-tu si seul que la vie n’en valait plus la peine?

Mes souvenirs remontent. La dernière fois que nous nous étions vus, c’était à un enterrement. Nous avions perdu notre cousine.
La dernière fois que nous nous sommes parlés, c’était quelques mois auparavant, tu venais de perdre un enfant qui est mort à sa naissance.
Arf! Que de malheurs, nos derniers échangent furent autour de la mort. Cela ne présageait rien de bon, après réflexion.
Il me faudra remonter plus loin, des années avant mon départ de l’Ile pour retrouver nos bons moments, 15 ans en arrière, si loin.
J’ai l’impression de t’avoir raté, de ne pas t’avoir connu adulte.

La veillée

Une nuit à veiller nous sommes lundi. Parents, famille, amis, ils furent nombreux à venir te dire adieu, une dernière fois.
Etrange de revoir toute la famille, cette famille que tu vois rarement pour certains, presque jamais pour d’autres.
Se prendre les uns les autres dans les bras des uns et des autres. Nous sommes réunis ici pour te dire adieu.

Je te regarde à travers ce petit carré sur ton cercueil. Tu as l’air apaisé, tu sembles dormir.
Je m’attends à voir tes yeux s’ouvrir, voir tes paupières battre. Je te regarde longuement, mais rien ne se passe.

Des prières, des chants, la nuit passe, certains s’endorment épuisés, d’autres veillent, des yeux rouges, gonflés par les larmes et la fatigue.
Je veux te veiller, ce soir je ne dormirai pas. Tu es là allongé dans ce cercueil, je ne veux pas te quitter et profiter de cette nuit pour rester près de toi, une dernière fois.

Une veillée avec “cartes, la rak, dominos“,( cartes, rhum, et jeux de dominos), traditionnelle réunionnaise. Jusqu’au lever du jour.
Tournée vers l’est, j’ai vu ce matin là, le soleil se lever. J’ai prié, pour t’accompagner dans ce dernier voyage.

En route pour ta dernière demeure.

Il ne reste plus que quelques heures, et je sens à nouveau la panique m’envahir. La fatigue n’arrange rien. Encore des larmes, encore ce sentiment de tristesse irréparable.
Avec mon mari, nous rentrons à la maison pour nous reposer un instant et se préparer pour l’après midi. 2 heures de sommeil et nous voilà de retour près de toi.

L’atmosphère est tendue, fini les rires, les visages sont graves.
J’arrive à me glisser près de ton cercueil une dernière fois, je regarde ton visage une dernière fois.
La nuit a été difficile pour toi aussi j’ai l’impression. Tu me sembles moins apaisé que la veille. Ton visage a changé. Le voici le visage de la mort, je le vois. Je comprends que tu n’es plus là. Tu es parti très loin et tu  ne reviendras pas. Je te dis encore adieu, mais je ne veux pas partir moi. Je vois ta sœur s’accrocher à ton cercueil, je vois sa détresse, je lui effleure la main, et je m’écarte pour laisser la place, on se bouscule près de toi.

Tu es vraiment mort? Tu ne veux pas te réveiller?!?
Réveilles-toi avant qu’ils ne t’emmènent, je t’en supplie, réveilles-toi?
Tu nous fais une blague et tout sa ne s’est jamais vraiment passé, n’est ce pas?

Le corbillard est arrivé, ils sont là, en costume. Ils patientent quelques minutes encore.
De dehors, j’entends les sanglots qui montent, des cris, de détresse, de désespoir. Personne ne veut te laisser partir.
Si seulement nous pouvions les empêcher de venir te prendre. Restes, ne t’en vas pas! C’est un cauchemar! Restes.
Mon mari est toujours près de moi, me tient, me soutient.
Je n’en peux plus, j’ai envie de crier, de me jeter sur ton cercueil et les empêcher de t’emmener. Non pitié, non, je ne veux pas!
Je reste debout, mes larmes coulent et ne veulent plus s’arrêter. Trop de douleurs autour de moi et en moi!
J’ai envie de disparaître.
Je veux être loin d’ici, tout cela est bien trop douloureux.

Le cercueil est installé dans le corbillard et lentement le convoi s’engage sur le chemin de terre en direction de l’église pour une dernière messe.
J’ai aimé cette messe, car le curé a parlé d’amour et de sens à la vie. J’ai compris le message que Dieu m’a adressé dans ce malheur, et je me suis sentie réconfortée. Un peu de lumière est entré à ce moment là dans mon cœur.
Des prières, des chants, ta dernière bénédiction.

Au sortir de la messe, nous partons pour le cimetière.
Ce cimetière est beau, je m’y suis sentie bien. Tu vas te reposer dans un bel endroit mon cher cousin.
Nous arrivons près de ce trou, qui me semble si profond. On y dépose ton cercueil, je te laisse une dernière fleur, une dernière gerbe.
Et vient ce moment où ils te recouvrent de terre.
O mon Dieu, c’est fini! Non! Mon cousin n’est pas mort! Non, mon dieu, Non!

Je me retourne, je regarde toutes ces tombes alignées, c’est un bien bel endroit.
Un dernier regard vers toi, une dernière larme, un dernier soupir.
Il va falloir me résigner, tu es mort, tu ne reviendras plus, plus jamais.
Je sais que l’on se retrouvera, là-haut, là-bas. On se retrouvera.

Adieu mon cousin, je t’aime! R.

Nos souvenirs d’enfance je les mets dans cette boîte en argent comme le dit si bien Indila.

BY2MT

 

 

 

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